Jacques Thienpont

Jacques Thienpont
Jacques Thienpont travaillait chez son oncle Gérard, dans le négoce familial, en Belgique, quand il a appris qu’une petite parcelle de vignes, voisine du Vieux Château Certan, était à vendre. Son oncle Léon, qui connaissait la grande valeur de ce terroir, tenta de persuader la famille de l’acheter et de l’ajouter à Certan, mais celle-ci jugea que le prix demandé (un million de francs français) était excessif. Jacques y vit l’occasion de pouvoir faire son propre vin, la petite taille du vignoble de Le Pin lui permettant de l’exploiter seul.

Le Pin existait déjà comme vignoble depuis quelque temps, mais la propriétaire précédente, Madame Laubie, vendait les raisins à un vigneron de Lalande-de-Pomerol. Quand Jacques vint sur place pour sa première vendange, juste après l’achat, il trouva les caves dans un piteux états. Il avait à peine assez d’argent pour s’acheter une cuve en inox et le nombre nécessaire de barriques de chêne français, et son premier millésime fut aussi artisanal qu’on peut l’imaginer. C’est par accident que Jacques lança la mode de la fermentation malolactique en barrique, c’est juste qu’il n’avait pas d’autre contenant pour son vin!

Progressivement, il améliora la qualité du vignoble, avec l’aide de son cousin et voisin Alexandre, de Vieux Château Certan. Il replanta une partie significative de son vignoble avec de nouveau clones de Merlot, et repalissa les vignes. En 1984, son vin commença à être apprécié, et il pu acheter une parcelle adjacente de 30 ares – l’ancien potager d’une voisine devenue veuve. Quelques années plus tard, le Domaine de la Vieille Ecole fut mis en vente, et il saisit l’occasion pour ajouter 60 ares supplémentaires au domaine.

Aujourd’hui, Le Pin compte 2,7 hectares – mais compte tenu du fait que l’on replante en permanence, 80% seulement du vignoble est actuellement en production. Ceux qui visitent Le Pin sont toujours étonnés par la petite taille du domaine et la simplicité des méthodes de vinification mises en ?uvre. Jacques fait son vin comme il l’a toujours fait, comme il l’a appris de son oncle Léon et lors des formations suivies à la faculté d’?nologie de Bordeaux. La vigne est conduite selon les mêmes principes que celles du Vieux Château Certan – taille sévère, très peu de traitements, ni fertilisants, ni pesticides, ni désherbants, vendange en vert et éclaircissage avant la vendange.

Le dernier développement en date dans l’histoire de Le Pin est le nouveau chai, dessiné par l’architecte belge Paul Robbrecht et inauguré en septembre 2011, pour la récolte. Ce nouveau chai a introduit des nouvelles normes d’excellence chez Le Pin: une meilleure hygiène, un meilleur contrôle des températures, des transferts par gravité, et certainement plus de précision dans la vinification et dans la sélection des parcelles. Les raisins sont récoltés à la main, triés en trois étapes avant d’être transportés vers sept cuves coniques en inox dont la taille varie entre 16 et 45 hectolitres. Jacques a toujours effectué chaque étape de la vinification lui-même et ne voit aucune raison de changer cette approche pratique.

Les vins sont fermentés en cuve inox (jamais à froid), après deux semaines de macération, ils sont transférés dans des barriques de chêne neuf (Seguin-Moreau et Taransaud) pour la fermentation malolactique et l’élevage. Au bout de 18 mois, le vin est clarifié au blanc d’?uf et embouteillé sans filtration.

Alors, qu’est-ce rend Le Pin si magique? Même si cela fait très cliché bordelais, c’est vraiment le terroir qui compte. Situé au centre du plateau de Pomerol, le vignoble, parfaitement exposé au Sud (et donc au soleil), s’incline doucement vers un petit fossé. En surface, on trouve une couche à forte teneur en galets anciens, assez rares dans les sols de cette zone plutôt argileuse. En dessous, on trouve une couche composite de calcaire ferrugineux, de gravier et de sable. Ici, le Merlot est assez précoce et produit des vins aux notes exotiques de café et de cassis, déjà tout à fait perceptibles dans le jus de raisin. A plus d’un titre, Le Pin rappelle les domaines des Côte de Nuits, raison pour laquelle, sans doute, dès 1983, Jacques Luxey l’a surnommé “La Romanée Conti de Bordeaux”.

L’image très glamour de Le Pin à l’étranger contraste avec la cave et le vigneron. Jacques est un Belge à la fois modeste et terre à terre, qui partage son temps entre la maison de famille, Hof te Cattebeke, à Etikhove et Pomerol. Quand il n’est pas en train de vinifier, de déguster ou de vendre du vin, c’est soit qu’il est à la chasse, ou en train de jouer avec ses deux jeunes fils, ou encore en train de superviser un de ses nombreux projets de rénovation. Les discussions à propos des prix stratosphériques que Le Pin atteint actuellement, et les débats récents sur les vins de garage le sidèrent. Cela fait plus de 30 ans qu’il vinifie du Le Pin, et c’est avec incrédulité qu’il a assisté à l’explosion des prix de son vin. “Pour vu que ça dure”, dit-il dans un sourire malicieux. Bien entendu, avec seulement 5.000 à 6.000 bouteilles produites par an, Le Pin est un vin rare. Mais ce sont surtout sa richesse exotique et ses tannins souples et veloutés qui lui ont valu tant d’admirateurs de par le monde.

Les traditions de la vinification «à la Thienpont» et une simplicité bien flamande sont à présent ancrées chez Le Pin.
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